Rentrée de l'ENSV-FVI : penser la complexité pour mieux servir l'action publique
La cérémonie de rentrée de l'école nationale des services vétérinaires et de France vétérinaire internationale est un rendez-vous institutionnel qui a réuni un plateau de personnalités du monde vétérinaire et de la haute administration sanitaire française.
© Pierre Buisson
Pierre BUISSON
Vie des écoles
La rentrée de l'école nationale des services vétérinaires, le 17 septembre, a permis de rappeler les spécificités du métier d'inspecteur de santé publique vétérinaire, exigeant compétence technique, capacité adaptative et curiosité.
Marcy-l'Étoile a accueilli, le 17 septembre, la cérémonie de rentrée de l'école nationale des services vétérinaires (ENSV) et de France vétérinaire internationale (FVI), un rendez-vous institutionnel qui a réuni un plateau de personnalités du monde vétérinaire et de la haute administration sanitaire française.
Autour de la directrice de VetAgro Sup, Mireille Bossy, avaient pris place la directrice générale de l'alimentation, Marie-Christine Le Gall, la cheffe du corps des inspecteurs de santé publique vétérinaire, (ISPV) Valérie Baduel, ainsi que la présidente de FVI, Monique Éloit.
L'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, parrain de la promotion sortante, était également présent. La cérémonie et la conférence qui l'accompagnait ont été menées par Adrien Jacquet, directeur de l'ENSV.
Un métier au contact de crises complexes
Les différents intervenants se sont attachés à rappeler la spécificité du métier d'inspecteur de santé publique vétérinaire : un métier qui s'exerce avant tout au contact des crises complexes et qui exige des professionnels capables de penser cette complexité pour, ensuite, l'intégrer dans l'action publique.
Ce fil rouge a structuré l'ensemble des prises de parole de la matinée.
Il a également été rappelé le périmètre des missions de l'école, qui forme depuis 1973 aussi bien les ISPV que des vétérinaires libéraux, des agronomes et des agents publics d'horizons variés - traduisant une vocation résolument transversale.
Attachement de la France au multilatéralisme et à la coopération internationale
La présidente de FVI a insisté sur l'attachement de la France au multilatéralisme et aux coopérations internationales. Monique Éloit a souligné l'interdépendance sanitaire des pays et la nécessité, pour les agents en mission, de savoir sortir du cadre et d'intégrer pleinement l'approche Une seule santé, qui relie santé humaine, animale et environnementale.
Selon elle, les services vétérinaires constituent un bien public dont l'expertise attendue ne se limite pas à la seule compétence technique : elle repose avant tout sur une capacité adaptative et sur la curiosité de comprendre avant de proposer des solutions.
Les missions à l'international sont l'occasion d'un apport d'expertise réciproque et d'une prise de recul qui enrichissent la pratique professionnelle.
Un serious game autour du Marsupilami
Point d'orgue pédagogique de la matinée, les élèves de l'ENSV avaient préparé un serious game construit autour d'un scénario fictif : la réintroduction du Marsupilami sur le territoire imaginaire de Zooland.
Cet exercice a permis de mettre la salle en situation, en l'interrogeant sur les priorités que doivent adopter des agents chargés, dans ce type de mission, d'évaluer une situation sanitaire et de mettre en place un dispositif de surveillance.
L'exercice a mis en lumière l'importance de la cartographie des acteurs pour naviguer dans l'incertitude. Les intervenants ont également pointé un défi contemporain incontournable : la défiance croissante envers la science, alimentée par la circulation de rumeurs sur les réseaux sociaux, une question qui ne peut plus être éludée dans la formation des agents. L'expert, ont-ils rappelé, est avant tout celui qui parvient à induire le changement. Les livrables produits n'ont d'intérêt que dans la mesure où ils font l'objet d'une appropriation collective.
Stéphane Le Foll : mise en garde contre le souverainisme et la défiance scientifique
Parrain de la promotion sortante, Stéphane Le Foll a réaffirmé son engagement de longue date en faveur du bien-être animal et de l'agro-écologie et insisté sur la nécessité de faire accepter ce changement de modèle. Il s'est félicité de ce que les vétérinaires comptent aujourd'hui parmi les derniers îlots du multilatéralisme et les a invités à rester vigilants face à la montée, à l'échelle mondiale, du souverainisme et du nationalisme.
La remise en cause de la science figure elle aussi parmi ses préoccupations : à ses yeux, elle est pourtant ce qui permet de conserver des points de repère certains dans un monde complexe et parfois hostile.
L'agro-écologie, a-t-il rappelé, traduit un changement profond, porté par des acteurs porteurs d'une vision différente, qui suppose de réduire la dépendance aux machines, à la chimie et à la génétique, au profit d'auxiliaires naturels et gratuits, trop longtemps relégués au second plan.
Il a conclu son intervention sur une formule appelée à marquer les esprits : la curiosité, a-t-il affirmé, s'oppose à l'enfermement, qui est précisément la source des deux maux qu'il venait d'évoquer, le souverainisme et le nationalisme.
Au terme de cette matinée, le message porté par l'ensemble des orateurs converge : face à des crises sanitaires toujours plus complexes et à un contexte international marqué par les tensions et la défiance envers la science, la formation des agents publics vétérinaires doit cultiver la curiosité, l'ouverture internationale et la capacité d'adaptation.
Une feuille de route qui accompagnera la nouvelle promotion tout au long de son parcours à l'ENSV-FVI. ■





